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10/07/2020

Laura Gouyer, psychomotricienne : « Donner l’envie de faire »

Laura GOUYER, psychomotricienne

Dans le cadre d'une démarche visant à mettre en avant les métiers des établissements médico-sociaux au sein desquels la Tovertafel peut trouver sa place, nous souhaitons débuter cette série de portrait en mettant en avant le métier de psychomotricien/ne. Nous nous sommes donc entretenu avec Laura Gouyer qui exerce au sein de la Résidence Le Clos Lafitte (groupe DomusVi) située à Fargues-Saint-Hillaire, en Gironde. L'établissement possède une Tovertafel depuis le 28 octobre 2019.

MJ INNOV : Depuis combien de temps exercez-vous ?

Laura GOUYER : J'ai été diplômée il y a dix ans et je suis rentré dans l'EHPAD il y a neuf ans le 9 mars 2011.

MJ INNOV : Comment décrieriez-vous le métier de psychomotricienne ? En quoi consiste-t-il ? Quel est votre rôle dans l'établissement ?

L.G. : Le métier de psychomotricienne appartient à la famille des rééducateurs avec les kinésithérapeutes et les ergothérapeutes entre autre. C'est une profession paramédicale qui exige un diplôme d'état qui se valide en trois ans. Pour accéder à la formation de  l’institut de formation en psychomotricité de Bordeaux, nous passons par La première année commune aux études de santé (ou PACES).  L'approche que nous avons en EHPAD, c'est celle d'une thérapie non médicamenteuse qui a pour but premier de soulager les troubles du comportements (manifestations psycho comportementales que nous pouvons observer lors des pathologies de mémoire) mais aussi de prendre en soin les troubles du schéma corporel et de l'image du corps, les   troubles de l'orientation spatio-temporelle, troubles de l'équilibre et de la marche, troubles sensoriels, troubles mnésiques et praxiques, les douleurs... Le psychomotricien intervient auprès des résidents sous la forme de séances individuelles ou groupales. La psychomotricité se définit comme une thérapie à médiation corporelle qui rentre dans le cadre des thérapies non médicamenteuses. Notre profession est invitée à prendre en compte toute l'histoire de vie des personnes auprès desquelles nous intervenons. On doit alors déterminer des projets de soins avec ce que l'EHPAD peut proposer. Ainsi on adapte nos prises de soins au lieu où l'on exerce dans l'EHPAD que ce soit au PASA (Pôle d'Activités et de Soins Adaptés) ou dans un UHR (Unités d'Hébergement Renforcées) nous n'avons pas d'UHR mais une UVA ou Unité de Vie Adaptée ou Alzheimer et selon les troubles des résidents. Ces prises en soins peuvent aller de quelques semaines à du très long termes, le psychomotricien utilise différentes médiations comme la balnéothérapie,  la cuisine, la  gymnastique douce, des séances en salle multi-sensorielle, la médiation animale, ou encore l'utilisation de la Tovertafel. La profession de psychomotricien, comme son l'indique invite à prendre en compte la personne dans sa globalité (ndlr. psycho- du grec psykhê qui signifie "âme, esprit" et -moteur pour la motricité).

Laura et des résidents jouant avec un parachute

MJ INNOV : Qu'est ce qui vous passionne le plus dans votre métier ?

L.G. : Personnellement, ce qui me passionne dans ce métier sont les différentes médiations que le psychomotricien a dans sa « mallette » ainsi que le travail pluridisciplinaire. Ces deux éléments sont indispensables afin de réussir à apporter un apaisement à un résident qui est en souffrance par exemple  (que cette souffrance s' exprime par de la tristesse ou de l'agitation) mais aussi de pouvoir apporter du plaisir et  l'envie de faire à une personne.

MJ INNOV : Quels sont les éléments les plus difficiles ou les principaux obstacles que vous pouvez rencontrer au quotidien ?

L.G. : Sincèrement, dans notre résidence, nous avons les moyens humains et matériels de bien travailler. Au quotidien, nous faisons de notre mieux pour réaliser nos activités, qu’elles puissent se dérouler habituellement ou de façon adaptée comme depuis le mois de Mars avec la crise sanitaire. Le fait d'être deux psychomotriciennes (Laura a été rejoint il y a 3 ans par Alix) dans l'établissement nous permet également de répondre au mieux aux besoins de chacun de nos résidents. La collaboration avec l’Equipe (rééducateurs, soignants, hôteliers, cadres etc) de la résidence se déroule dans de bonnes conditions.

MJ INNOV : Quels conseils donneriez-vous à un étudiant qui souhaite faire ce métier ?

L.G. : Le point le plus important c'est de prendre confiance en soi. Psychomotricien, c'est un métier qui n'est pas toujours bien compris ni connu. Dans la pratique, on doute beaucoup de ce qu'on fait et de ce que cela apporte aux autres. On a souvent l'impression qu'il est difficile de quantifier les apports. Il faut donc être capable d'expliquer pourquoi on réalise chaque action et quels sont les objectifs thérapeutiques sur lesquels on doit se recentrer au fur et à mesure du suivi. Au dessus de tout, il faut savoir travailler en équipe.

Laura et une résidente jouant avec un chien médiateur

MJ INNOV : Comment se passe le travail en équipe au quotidien ?

L.G. : Chaque semaine nous avons une réunion avec toute l'équipe de rééducation. Quotidiennement nous avons également des réunions de transmissions qui sont des réunions brèves pendant lesquelles les aides-soignantes nous parlent des difficultés du quotidien selon chaque résident (comportement agressif, triste, difficultés à se déplacer). Nous sommes également auprès des équipes pour les former sur la bien-traitance, le matériel comme la Tovertafel par exemple ou bien toutes autres nouveautés mais aussi afin d'évaluer ensemble les résidents. Nous ne faisons pas nos affaires dans notre coin, nous faisons partie intégrante de l'équipe soignante.

MJ INNOV : Comment décrieriez-vous la Tovertafel ?

L.G. : De manière générale (hors période covid-19), je pense que c'est un outil vraiment adapté et pratique pour les personnes qui l'utilisent (personnes âgées présentant des troubles cognitifs avec troubles du comportement. Tant le soignant ( psychomotricien, ergothérapeute, psychologue…) que les résidents y trouvent un moyen ludique pour apaiser et/ou stimuler les troubles du comportement. Les jeux sont variés, très colorés et sonores pour certains ce qui permet d'offrir aux résidents des séances variées avec un déroulement logique. Ces jeux permettent la stimulation des sens de la vision, de l'ouïe et proposent une mise en jeu du corps et favorise l'expression verbale et non-verbale.

MJ INNOV : Qui utilise cet outil au sein de l'établissement et comment ?

L.G. : Au sein de notre résidence, les psychomotriciennes, la psychologue, l'ergothérapeute, l’animatrice et les aides-soignantes  utilisent la Tovertafel. L'avantage est que pour un résident souffrant de troubles de la vision, la projection lumineuse puissante et les couleurs vives lui permettent de voir tout de même ce qui se passe. Pour le soignant qui l'utilise, la Tovertafel est un outil riche, simple à utiliser et qui permet d'être en relation avec le résident.

MJ INNOV : La Tovertafel a-t-elle été utilisée pendant le confinement ?

L.G. : Pendant cette période de confinement, la Tovertafel a permis de poursuivre les séances de groupe en individuel et d'offrir un espace d'expression aux résidents.

MJ INNOV : Quels sont vos retours d'expérience avec la Tovertafel après bientôt un an d'utilisation ?

L.G. : Cet outil apporte à l'établissement une nouvelle médiation ludique et attractive pour la prise en soin des résidents et présente l'avantage de pouvoir être utilisé par plusieurs professions dans leur champs de compétence respectifs. D’autant plus que l’utilisation ne demande pas de préparation préalable. La prise en soin de certains résidents apathiques peut se révéler difficile, avec la Tovertafel, chez certains résidents nous avons des résultats spectaculaires avec une diminution importante de cette apathie et des échanges verbaux plus spontanés et en lien avec le jeu projeté.

Merci à Laura pour le temps qu'elle nous a accordé afin de répondre à nos questions mais également merci à Alix, la seconde psychomotricienne de l'établissement, présente durant une partie des échanges.